Sao Tome & Príncipe : L’île forêt, ou le cacao réinventé, Príncipe, partie II

Île centrale de l’archipel, São Tomé a longtemps été un cœur agricole. Introduit après la canne à sucre et le café, le cacao y a structuré le territoire, transformant l’île en l’un des premiers producteurs mondiaux au début du XXe siècle, avec près de 35 000 tonnes. Cette prospérité s’est construite autour des roças, grandes plantations organisées, héritées du système colonial portugais, où le travail forcé a longtemps perduré sous différentes formes après l’abolition de l’esclavage.

Après l’indépendance en 1975, ce modèle s’effondre progressivement. Les plantations se dégradent, les volumes chutent, et la forêt reprend ses droits. Aujourd’hui, São Tomé oscille entre cet héritage et une tentative de renaissance, portée par des initiatives agroforestières et une montée en qualité.

 

Puis vient Principe.

À quelques dizaines de kilomètres seulement, l’île semble appartenir à un autre monde. Plus petite, plus isolée, elle n’a jamais été façonnée avec la même intensité. Aujourd’hui peuplée d’environ 7'000 - 8'000 habitants, elle reste un territoire discret, longtemps resté en marge des grandes dynamiques économiques. Ici, la forêt n’a jamais vraiment reculé. Elle domine encore les paysages, impose son rythme, et enveloppe toute activité humaine

 

Príncipe, étape incontournable de votre voyage

 

 

Mais cette impression d’intemporalité ne signifie pas absence d’histoire.

Comme São Tomé, Príncipe est découverte par les navigateurs portugais à la fin du XVe siècle. L’île est rapidement intégrée au système colonial, mais son développement reste secondaire. Quelques roças y sont implantées, principalement pour le cacao, sans jamais atteindre l’échelle ni l’intensité de celles de São Tomé. Cette marginalité relative limite les transformations du territoire. Là où São Tomé est profondément remodelée par la production, Príncipe conserve une grande partie de sa structure forestière originelle.

 

 

La biosphère de Principe 

En 2012, Príncipe est classée réserve de biosphère par l’UNESCO. Ce classement ne se limite pas à une protection symbolique. Il structure concrètement l’île en plusieurs zones complémentaires. Au cœur, des espaces strictement protégés où toute intervention humaine est limitée, préservant une forêt primaire presque intacte. Autour, des zones dites “tampons”, où des activités comme la recherche scientifique ou certaines formes d’agriculture peuvent coexister avec la biodiversité. Enfin, des zones de transition, où vivent les communautés, où se développent l’agriculture, la pêche et un tourisme encore maîtrisé.

Cette organisation prend tout son sens lorsque l’on mesure la richesse biologique de l’île. Príncipe abrite un nombre exceptionnel d’espèces endémiques, c’est-à-dire présentes nulle part ailleurs sur Terre. Parmi elles, le perroquet gris de Príncipe, reconnaissable à son plumage discret et à son cri rauque, ou encore le tisserin de Príncipe, dont la présence est intimement liée aux forêts anciennes. Dans les sous-bois humides, certaines espèces de bégonias géants et d’orchidées ne poussent que sur cette île. Même les amphibiens et les insectes y ont évolué de manière isolée, formant un écosystème unique, fragile et irremplaçable.

 

Perroquet jaco - Psittacus erithacus

 Afrique, São Tomè et Principe. Perroquet gris d'Afrique 

 

Ce modèle impose une contrainte forte, le développement ne peut pas se faire contre l’écosystème. Mais il crée aussi une opportunité rare. À Príncipe, la biodiversité n’est pas seulement protégée, elle devient une base économique. Les pratiques agricoles doivent s’adapter à la forêt, et non l’inverse. Les systèmes agroforestiers ne sont pas une alternative, mais une nécessité. Le cacao, dans ce contexte, retrouve naturellement sa place de plante d’ombre, intégré dans un équilibre vivant qui dépasse largement la seule production.


Le cacao à Principe

Contrairement à São Tomé, marqué par l’héritage des grandes plantations et d’une logique extractive, Príncipe développe une production discrète, fragmentée, intimement liée à son environnement. Les parcelles sont petites, souvent familiales, intégrées dans des systèmes agroforestiers où le cacao cohabite avec une grande diversité d’arbres et de cultures. À Príncipe, le cacao ne domine pas. Il s’inscrit. Les volumes restent faibles, non pas par stratégie mais par nature. Les sols volcaniques, l’humidité constante et la richesse écologique donnent naissance à des profils aromatiques singuliers, souvent fins, équilibrés, marqués par une grande complexité.

La roça Sundy incarne cette transition. Ancienne plantation coloniale, aujourd’hui gérée par HBD elle contraste les pratique translationnelle de la production agricole de Principe, elle s’étend sur environ 1'700 hectares et emploie plus de 600 personnes, soit près de 10 % de la population adulte de l’île. Elle a été transformée en un espace où production et conservation coexistent.

 

 

Roça Sundy, Príncipe

La roça Sundy, séchage centralisé des fèves de cacao

 

Le cacao y est cultivé sous couvert forestier, dans une logique de micro-terroirs. Dominé par le cacao Forastero Amelonado, historiquement introduit depuis Bahia au Brésil et aujourd’hui signature gustative de l’archipel, les profils aromatiques y évoluent sous l’effet insulaire. On y observe une grande richesse et une structure marquée, souvent autour de notes de chocolat noir profond, de fruits mûrs, de fruits à coque et de vanille, reflétant pleinement le terroir volcanique de l’île.

 

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Forastero Amelonado

 

Cette approche attire naturellement des acteurs du chocolat de spécialité. Certaines maisons, comme Standout Chocolate, ont travaillé avec des lots issus de Príncipe pour des éditions limitées, cherchant à exprimer une origine où le goût est indissociable du paysage.

Roca Sundy, São Tomé und Príncipe: Historische Plantage mit Luxus

La roça Sundy, Santo António, la capitale de l'île


Mark Shuttleworth & HBD

Derrière la roça Sundy et le développement de Príncipe se trouve un acteur clé : HBD Príncipe. Fondé par Mark Shuttleworth, ce groupe est dédié au développement durable et à l’écotourisme, avec pour objectif de préserver la réserve de biosphère de l’UNESCO. Il s’agit du principal employeur de l’île. HBD développe des hôtels écoresponsables, soutient l’agriculture locale et finance des infrastructures communautaires, notamment à travers les actions de la Fundação Príncipe.

Un projet récent porter par Mark Shuttleworth sur l’île propose de rémunérer directement les habitants pour la protection des écosystèmes. En échange du respect de pratiques de conservation, une partie de la population perçoit un revenu, transformant progressivement les communautés locales en gardiens actifs de la biosphère.

Ce modèle, encore en développement, marque une évolution profonde : la valeur de l’île ne repose plus uniquement sur ce qu’elle produit, mais sur ce qu’elle préserve (The Guardian, 2026).

 

Le tourisme et Principe

L’île devient progressivement une destination recherchée par un tourisme discret, souvent haut de gamme. Ici, pas de développement massif ni de complexes hôteliers standardisés. L’accès reste limité, notamment par une petite piste d’atterrissage qui accueille davantage de jets privés que de vols navettes avec la capital. Cette contrainte logistique, loin d’être un frein, participe à définir l’identité de l’île.

 

Príncipe se développe à l’écart, dans une forme de lenteur maîtrisée.

Cette évolution s’appuie sur un modèle particulier, où la croissance économique reste volontairement contenue. Le tourisme y est pensé comme une activité complémentaire, capable de générer de la valeur sans dénaturer au minium l'équilibres locaux. Les habitants bénéficient progressivement de cette dynamique, à travers l’emploi, les infrastructures et les initiatives locales, sans que l’île ne bascule dans une logique de tourisme de masse.

Cet isolement relatif, combiné à sa petite taille et à son statut de réserve de biosphère, agit comme une forme de protection naturelle. Il impose des limites, mais crée aussi des opportunités. Príncipe devient un territoire d’expérimentation, où il est encore possible de penser un développement différent.

Entre São Tomé et Príncipe, le contraste reste fort. L’une porte le poids d’une histoire d’intensification, l’autre incarne une forme de retenue devenue aujourd’hui stratégique.

Mais ces trajectoires ne s’opposent plus.

São Tomé cherche à reconstruire. Príncipe esquisse un futur possible.

Dans un monde où produire ne suffit plus, où il faut produire avec conscience, Príncipe apparaît comme un laboratoire discret. Une île où le cacao, comme le reste, retrouve sa juste place.


 

 

Sources

Clarence-Smith, W. G., Cocoa and Chocolate, 1765–1914

Higgs, Catherine, Chocolate Islands: Cocoa, Slavery, and Colonial Africa

UNESCO – Réserve de biosphère de Príncipe

FAO Statistics Database

Publications Rainforest Alliance sur les systèmes agroforestiers

 

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